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IL A FAIT TREMBLER LE PMU...

Le 11 novembre 1958, Patrice des Moutis rafle 22 millions.

Mais ce n’est qu’un début. Trois ans plus tard, il touche le tiercé 500 fois dans l’ordre et 2500 fois dans le désordre. Affolement au PMU…

ANDRÉ CARRUS, ancien polytechnicien, a eu (au moins) deux idées de génie dans sa vie : en 1949, il a inventé le pari couplé et, cinq ans plus tard, le tiercé.

Ce joueur de bridge invétéré n’a jamais joué aux courses et pourtant c’est lui que l’on trouve à la tête du PMU, le Pari Mutuel Urbain.

Belle affaire que le PMU dont le siège est installé à quelques pas des Champs-Elysées, au 83, rue de la Boétie.

Belle affaire, mais pas d’existence juridique : tout simplement un organisme chargé de l’organisation des paris hors des hippodromes (des cinq grandes sociétés de courses hippiques françaises), ce, sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et de celui … des Finances.

Le PMU avait été créé en 1931, mais son véritable essor date des inventions de Carrus. La deuxième étant évidemment la meilleure :

il s’agissait de proposer aux joueurs de trouver dans l’ordre exact, ou à défaut dans un ordre différent, les chevaux qui occuperaient les trois premières places d’une course déterminée.

Le premier tiercé a lieu à Enghien le 22 janvier 1954 et il rencontre un certain succès.

Pas un succès foudroyant. A la fin de l’année, le tiercé n’entre que pour 5 % environ dans le montant total des enjeux.

Ensuite, le succès enfle jusqu’à prendre des proportions inouïes : en 1962, les sommes jouées au tiercé sont pratiquement équivalentes à celles jouées pour l’ensemble des autres paris.

Tout le dispositif est géré par le PMU qui s’appuie sur un réseau de 3500 cafés-tabacs dûment autorisés.

En semaine, quelque 300 000 joueurs s’en viennent sacrifier à leur passion (de vrais professionnels).

Le dimanche et les jours fériés, cela tourne à la folie : pas moins de cinq millions d’adeptes veulent en être et l’ensemble des enjeux constituent des sommes colossales.

Gabriel Macé dans Le Canard Enchaîné s’amuse :

Tiercé : occupation dominicale de douze millions de Français. Elle consiste à percer non seulement les mystères des pronostics, mais, à l’aide d’une petite pince, que tout chef de famille a désormais dans sa poche, à faire quatre ou cinq petits trous dans des tickets dont on remet la moitié au contrôleur du PMU… Le soir venu, il ne reste plus à nos chauds de la pince qu’à jeter l’autre moitié des tickets à la poubelle. Et à fredonner sur l’air du poinçonneur des Lilas (&hellip.

Les sociologues, pour leur part, se penchent avec beaucoup de componction sur ce nouveau phénomène de société : les Français auraient trouvé là, à peu de frais, la part du rêve. Modulée, il est vrai, par l’impression qu’en se renseignant un tant soit peu, sur l’état du terrain et… du cheval, ils seront en mesure de réussir le bon tiercé.

Des journaux spécialisés, les quotidiens tant parisiens que régionaux publient des pages entières sur ces angoissantes questions.

Peu d’entre eux expliquent aux joueurs du dimanche en quoi le pari est réellement mutuel : il faudrait expliquer que les joueurs adroits ou chanceux ne gagnent que ce que les autres perdent.

Ce qui a pour principale conséquence le fait suivant : si le cheval est très joué, sa cote diminue.

Et en réalité, le seul joueur qui est sûr de gagner à tous les coups n’est autre que l’Etat qui prélève son pourcentage sur les sommes jouées et redistribue le solde.

Bref, l’Etat est le seul gros gagnant du PMU jusqu’en… 1958.

C’est cette année-là, le 11 novembre exactement, que surgit au firmament hippique un deuxième gros gagnant : un dénommé Patrice des Moutis.

Portrait rapide d’un homme pressé (de devenir riche) : trente-huit ans, aristocrate normand, sorti de l’Ecole Centrale parmi les meilleurs. Amoureux fou de cheval au point d’avoir couru lui-même. Bookmaker à l’occasion, arnaqueur et artiste que rien, a priori, ne prédisposait à rencontrer le tiercé.

C’est un ami qui lui en parle un jour, comme cela, sans penser à mal.

Des Moutis : j’ai noté tout cela, l’énorme cagnotte, les prélèvements modérés et la masse des petits enjeux sans chances. Et je me suis dit que c’était un filon et que ce serait un crime de ne pas en profiter (&hellip.Mon premier tiercé ? Je ne m’en souviens pas.J’ai dû en gagner quatre ou cinq pendant l’été 1958.De petites sommes, dérisoires à côté de ce que j’allais encaisser ultérieurement.A l’automne, ma cagnotte courses n’atteignait pas le demi-million. Une misère quoi !

Il se lance donc le 11 novembre 1958, sélectionne la favorite de l’épreuve Messenia qui appartient à Marcel Boussac, magnat du champagne, du coton et de la haute couture, la met en tête de toutes les combinaisons.

Ensuite, il raye neuf chevaux qui ne lui paraissent avoir aucune chance.

Il lui en reste sept qu’il marie avec la favorite, en les mettant deux par deux et – à chaque fois – dans les deux ordres possibles.

Cela lui donne 42 combinaisons à 200 francs.

Il leur affecte à chacune un coefficient 35.

Enjeu global : 294 000 francs.

Résultat à l’arrivée : Messenia gagne, suivie de deux de ses meilleures hypothèses.

Bref, Des Moutis gagne le tiercé 35 fois dans l’ordre et 35 fois dans le désordre soit quelque 5 millions.

Le soir, divine surprise, il y a une surcote : il rafle 22 millions de plus.

Désormais, plus rien ne l’arrêtera !

De tiercé en tiercé, Des Moutis perfectionne son système : plus d’enjeux sur des courses soit trop aléatoires, soit aux résultats trop prévisibles.

En revanche, il joue de plus en plus gros : jusqu’à 80 millions d’anciens francs par tiercé, somme colossale pour l’époque.

Sa rentabilité est d’environ 10 % à 20%, plus qu’aucune banque ne serait disposée à verser.

Seulement voilà : les gros gains accumulés de notre homme ne font pas l’affaire du PMU qui paie mais s’inquiète.

Carrus, son directeur, tire depuis un bon moment la sonnette d’alarme.

Pourquoi ?

A la limite, il peut lui être indifférent que ce soit X ou Y qui gagne ?

Alors ?

Le problème, c’est qu’il y a déjà le gros gagnant permanent, à savoir l’Etat : le prélèvement de celui-ci s’élève déjà à 22 % et comme chacun sait, il est rare que les prélèvements de l’Etat… diminuent.

Or si en plus de l’Etat, un gros joueur se met à soustraire une part trop importante de la cagnotte globale, c’est l’immense armée des petits parieurs qui va voir ses gains diminuer substantiellement.

D’où la tentation d’aller voir ailleurs…

Le 14 juillet 1961, Des Moutis, décidément très en forme, touche le tiercé : 500 fois dans l’ordre, 2500 fois dans le désordre.

Au PMU, c’est l’affolement et Carrus demande une entrevue d’urgence à Marcel Boussac qui, entre autres activités annexes, préside la fameuse et très distinguée Société d’encouragement de l’élevage chevalin et il lui confie ses appréhensions.

D’abord énoncé de la philosophie du tiercé :

La grande séduction du tiercé, c’est que chacun peut y jouer. Mais pour qu’il conserve le caractère démocratique qu’il avait lorsque nous l’avons lancé, il faut que chacun ait des chances comparables d’y gagner.

Grand patron de choc dans ses usines, Marcel Boussac doit être ému par cette profession de foi «démocratique».

Ensuite, constat attristé : Or, nous avons depuis un certain nombre de mois un très gros joueur qui joue à coups de dizaines de millions. Cela nous contraint à de délicates manipulations de fonds. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce très gros joueur gagne des sommes considérables, qui se chiffrent maintenant par centaines de millions. Ses moyens lui permettent des coefficients colossaux. Il lui est donc beaucoup plus facile de gagner qu’aux autres joueurs qui, à 95%, ne jouent qu’un ou deux tiercés.

Au passage, un hommage appuyé : D’autant plus qu’il joue fort intelligemment et qu’il a l’air très bien renseigné.

Puis la formulation d’une très forte inquiétude : A partir du moment où un joueur de ce calibre peut se permettre d’engager des sommes pareilles au tiercé, on a le droit d’estimer qu’il peut être tenté d’influer sur le résultat des courses pour favoriser des arrivées conformes à ses intérêts.

En guise de conclusion, une suggestion : Il serait donc souhaitable de l’empêcher d’engager des enjeux aussi élevés. Ce serait à la fois équitable vis-à-vis des petits joueurs, et sage, si l’on veut prévenir toute tentative de pression sur le déroulement des courses du tiercé.

La morale au secours du gain en somme.

C’est le genre de raisonnement que Marcel Boussac comprend bien. Il questionne : Vous avez une idée ?

Bien sûr que l’autre en a une : Il faudrait imposer un coefficient-plafond pour une même combinaison de trois chevaux.

Boussac intervient donc auprès d’Edgard Pisani, ministre de l’Agriculture du général de Gaulle et de Michel Debré réunis.

Trois semaines plus tard – on a fait vite au ministère – le décret ministériel paraît au Journal Officiel.

Il stipule que : Les préposés du PMU doivent désormais refuser d’enregistrer les tickets qui comportent plus de 25 fois la même combinaison de trois chevaux.

La florissante aventure de Des Moutis va-t-elle s’arrêter là ?

Pas du tout : il a immédiatement saisi la faille du décret et – pour rire – il va faire part de sa trouvaille à…

Carrus en personne : Le ministre aurait dû mettre dans son texte « par parieur » et non « par ticket » (&hellip. Si je ne peux plus présenter un ticket au coefficient 50, rien ne m’interdit d’en présenter deux au coefficient 25 !

Fin novembre 1961, Des Moutis a l’occasion de faire toucher du doigt la justesse de son raisonnement.

Tiercé à Auteuil, un faux toquard Le Ponant II qui a de fortes chances de se retrouver dans le tiercé gagnant, un favori incontestable Explorateur II et treize partants seulement.

Notre homme bâtit un certain nombre de tiercés à partir de ces deux chevaux, décide de jouer un coefficient 100.

Ce coefficient, il le fractionne en quatre séries de tickets au coefficient 25.

Enjeu total : 4800 francs.

Ponant II gagne devant Explorateur II et un autre cheval qu’il avait joué.

Gain : 5 400 000 francs.

Des Moutis, le lendemain, rend à nouveau visite à Carrus : J’ai été beau joueur : je vous avais prévenu. Cela dit, je n’ai pas exagéré. J’espère que pour une misère pareille, vous n’allez pas me mettre des bâtons dans les roues en faisant modifier le décret.

Le directeur du PMU n’apprécie pas. Ce sera la guerre.

Carrus fait donc modifier le texte ministériel mais…

Des Moutis a déjà préparé la parade : on ne pouvait plus désormais jouer au-delà du coefficient 25 dans les bureaux du PMU mais rien n’interdisait d’aller jouer… dans plusieurs PMU !

Au coefficient 25 !

Et le génial arnaqueur de répertorier sur un plan de Paris tous les bars-tabacs affichant l’enseigne du PMU.

Le 1er janvier 1962, tiercé à Vincennes.

Des Moutis joue et gagne : 92 tickets de combinaison complète ; il a misé sur six chevaux dans tous les ordres possibles et passé la matinée à rendre visite à 92 PMU.

Enjeux : 55 000 000.

Gain : plus de 492 000 000 qu’il se fait remettre sous forme d’un chèque au porteur par Carrus en personne, en présence de la direction du PMU, pétrifiée, au grand complet.

La riposte du PMU ne tarde pas : le 16 mai, Monsieur Pisani, décidément très sollicité, signe un nouveau décret qui limite irrémédiablement les enjeux du tiercé.

Un même parieur ne peut engager soit dans un seul, soit dans plusieurs postes d’enregistrement, sur un même tiercé simple ou sur chacun des tiercés englobés dans une formule combinée, un enjeu total supérieur à 60 nouveaux francs. En cas de non-observation de cette disposition, les contrevenants se verront refuser le règlement de leurs paris.

Désormais, Patrice des Moutis va être obligé de trouver autre chose.

Et cette autre chose sera illégale.

A l’occasion du prix de Bordeaux, le vendredi 7 décembre 1962, quelque 83 parieurs parmi lesquels le beau-frère et le tailleur de Patrice des Moutis jouent la même combinaison à travers la France, chacun pour un enjeu de 3600 francs.

Ensemble, ils gagnent 4 100 000 francs.

Pour le PMU, il n’y a aucun doute : il y a du Des Moutis derrière tout cela.

Encore faut-il pouvoir le démontrer.

Le 7 décembre, en fin d’après-midi, un communiqué tombe à l’AFP qui annonce que les gains des 83 parieurs soupçonnés d’avoir joué sur instruction de Patrice des Moutis sont bloqués et qu’une plainte est déposée contre X pour tentative d’escroquerie et violation des textes et règlements régissant le Pari Mutuel Urbain.

Patrice Des Moutis est devenu : Monsieur X

Texte d’Edouard BOEGLIN (journaliste)

Pour information : Le VRAI Monsieur X est décèdé en 1975 (il s’est suicidé.

Conclusion :

Evidemment, vous pouvez lire ce bel article comme un simple article de presse, mais vous pouvez aussi chercher, derrière les mots et entre les lignes, quelques éléments importants :

  1. quelles étaient les méthodes de Patrice Des Moutis (je vous en parle dans différents articles)
  2. le PMU ne peut pas laisser un ou plusieurs joueurs gagner régulièrement de grosses sommes

En sachant que ces événements datent des années 60, vous imaginez les aménagements que le PMU a mis en place pour palier à ce type de problème … aujourd’hui.



le 25 February 2013 (43:15)

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